Garantir la performance énergétique, un enjeu sur l'ensemble du cycle de vie d'un projet

Construire des bâtiments très performants et soutenir la massification de la rénovation énergétique dans la construction constituent des priorités pour lutter contre le changement climatique et la précarité énergétique. Cette réussite n’est possible qu’avec l’engagement de l’ensemble des acteurs. Or “le manque de confiance dans la réalité des économies d’énergie générées par les travaux, comme leur coût, demeure l’un des principaux freins vis-à-vis du passage à l’acte” (Plan climat). Comment convaincre les propriétaires et copropriétaires de s’engager dans des travaux ?

“Apporter sécurité et confiance est essentiel compte-tenu de l’ampleur des investissements et de la durée de vie des bâtiments. Cela repose sur le développement de solutions fiables et compétitives pour faire des promesses et montrer qu’elles sont tenues. Tiers de confiance, le CSTB est mobilisé aux côtés des acteurs, à chaque étape de leurs projets, pour garantir la performance énergétique des bâtiments”, explique Julien Hans, directeur adjoint de la recherche, direction Énergie-Environnement du CSTB. Focus sur deux piliers de son action : le soutien aux Contrats de Performance Énergétique (CPE) en amont des travaux, et la mesure de la performance énergétique effective à réception et en exploitation.

“Le CPE (Contrat de performance énergétique) c’est possible et ça fonctionne pour la petite copropriété comme pour les grands parcs”, atteste en 2017 l’Observatoire des CPE, piloté par l’ADEME, le CEREMA et le CSTB. Les maîtres d’ouvrage s’approprient de plus en plus le CPE, outil de contractualisation de travaux avec garantie de résultats sur la performance énergétique des bâtiments. Il est essentiellement déployé à ce jour, au service de la rénovation du patrimoine public, de logements collectifs et bâtiments d’enseignement. Les gains observés sont compris entre 25 et 40 % d’économies d’énergie selon les travaux menés (bâti et/ou systèmes).

Dans le cadre de l’Observatoire, le rôle du CSTB est de mesurer l’efficacité du CPE via les données collectées, de partager les bonnes pratiques avec les maîtres d’ouvrage, et de contribuer à la simplification du CPE en appui aux politiques publiques pour faciliter son déploiement à grande échelle. “ Pour cela, explique Julien Hans, le CSTB prend en compte la nécessité d’industrialiser les solutions mais aussi d’individualiser leur utilisation selon le contexte.” En ce sens, il accompagne les maîtres d’ouvrage, au travers de missions d’expertise, pour une mise en œuvre d’un CPE adapté à leurs besoins. Pour les acteurs qui portent l’engagement de résultats, un enjeu majeur concerne la définition des performances énergétiques visées. En amont de la contractualisation du CPE, le CSTB les accompagne par l’étude de la consommation d’énergie des bâtiments, avec une approche probabiliste. L’intérêt est de proposer une prédiction qui prend en compte l’incertitude de manière fine, pour apporter une aide clé à la décision.

“Une approche orientée vers les résultats, poursuit Julien Hans, repose par ailleurs sur la vérification objective et fiable des résultats après travaux. Engagé dans le développement de la mesure de la performance énergétique effective, le CSTB a conçu deux méthodes originales, REPERE et ISABELE.”
En 2017, la méthode de mesure ISABELE du CSTB passe le cap du protocole R&D pour s’intégrer dans un dispositif opérationnel, MERLiN, mis à disposition de la filière professionnelle. C’est le résultat du travail porté par le CSTB, le CEREMA et le COSTIC dans le cadre du programme PACTE. REPERE est déployé sur le terrain au service de la rénovation de logements gérés par des collectivités ou des bailleurs sociaux, qui visent l’exemplarité des travaux à long terme et l’amélioration du confort des occupants. C’est le cas du Groupe 3F par exemple, et aussi depuis 2017 de Polygone SA et Montluçon Habitat. Le CSTB accompagne les acteurs dans l’identification des écarts éventuels avec les prévisions, à réception et en exploitation. L’intérêt de cette approche est d’offrir des résultats fiables et comparables à chaque étape des projets, même si la météo ou les conditions d’usage, elles, varient. Les méthodes du CSTB offrent également l’avantage d’être simples d’utilisation, reposant sur un dispositif instrumental in situ optimisé, complété par des solutions de calcul innovantes.

“En 2018, le CSTB poursuit l’expérimentation concrète des outils dédiés à la garantie de performance énergétique, et ses travaux de recherche avec les acteurs du monde scientifique et de l’industrie. Il collabore notamment dans le cadre d’un nouveau partenariat, avec le centre de recherche appliqué Nobatek/INEF4, autour des enjeux énergétiques, environnementaux et numériques”, déclare Julien Hans. En lien avec la Garantie de performance énergétique, les travaux visent à renforcer la maîtrise de la performance énergétique des projets, sur l’ensemble de leur cycle de vie. Cela concerne une prise en compte renforcée des usages futurs d’un bâtiment dans les simulations énergétiques (phase étude), le développement de méthodes innovantes de commissionnement (phase chantier) et de pilotage des installations (phase exploitation).

Thierry Repentin
président du Conseil Supérieur de la Construction
“Structurer la démarche des acteurs et les convaincre de s’engager dans les travaux.”

“Pour atteindre les objectifs 2050, un des enjeux majeurs porte sur la rénovation du parc actuel. Il faut aider les propriétaires, copropriétaires et gestionnaires à se projeter dans un programme sur plusiers années voire des décennies, en les accompagnant tout au long du projet. Le CPE (Contrat de Performance Énergétique) est un des outils d’ingénierie technique et financière, qui permet de structurer la démarche des acteurs et de les convaincre à s’engager dans les travaux. L’usage du CPE a vocation à être étendu. En ce sens, le rôle de l’Observatoire du CPE, porté par l’ADEME, le CSTB et le CEREMA, est essentiel. Le CSCEE souligne également l’importance d’accompagner la qualité des rénovations. Il soutient le développement et la démocratisation d’outils pour mesurer la performance énergétique effective du bâtiment. Les membres du Conseil ont pu mesurer le travail prometteur accompli par le CSTB dans cette direction, à travers le projet MERLiN, et sont convaincus de la nécessité de poursuivre le soutien à ces outils et tests en situation réelle.”