Archives

Pourquoi valoriser la haute qualité environnementale des bâtiments tertiaires ?

Le fait que le développement durable devienne une orientation partagée par l'ensemble des acteurs économiques engage le secteur de la construction vers des démarches concrètes sur les impacts environnementaux générés par leurs activités.

Ces dernières années ont vu des expérimentations sur des constructions HQE, les chantiers verts, l'étiquetage des performances environnementales des produits de construction. La réalisation de nombreuses opérations dites à haute qualité environnementale (HQE) sur tout le territoire national nécessite de s'assurer de la qualité de la démarche HQE® définie et mise en œuvre pour ces opérations.

L'appel à projets de l'Ademe lancé en Juin 2002 et intitulé « Démarche HQE® et bâtiments tertiaires » est l'occasion de mettre en place et de tester la certification expérimentale.

Mais au delà de ce constat, pourquoi valoriser la haute qualité environnementale des bâtiments ?
On trouve des réponses à deux niveaux pour les acteurs économiques : leur survie à long terme et leur contribution aux enjeux de société.

Une réponse à des enjeux de société

Domaine de l'énergie

Le bâtiment est le premier consommateur d'énergie au niveau européen et le deuxième en matière de gaz à effet de serre. La consommation d'énergie des bâtiments représente 40 % de la consommation d'énergie totale et contribue pour 22 % aux gaz à effet de serre.
Une étude réalisée pour le compte de l'ARENE IDF montre qu'à l'horizon 2010, les conséquences de la mise en œuvre d'une démarchage HQE pour la région Île-de-France et pour 100 % des bâtiments conduit au scénario suivant : 30 % d'économies d'énergie, 40 % de réduction des gaz à effet de serre,

Domaine des déchets

La question des déchets dans le bâtiment est double. Il faut prendre en considération les déchets produits dans le bâtiment pour sa réalisation, son entretien, sa maintenance et sa déconstruction mais également les déchets produits pendant l'usage du bâtiment. La quantité de déchets produite dans les deux domaines est équivalente et se situe autour de 30 millions de tonnes par an.

Domaine de l'eau

Chaque ménage consomme entre 140 et 160 m3 par an d'eau potable.. Si l'on constate que l'eau distribuée potable n'est nécessaire que pour 38 % des usages (alimentaires et soins corporels) cela signifie que sur les 2,4 milliards de m3 consommés en France par an 1,5 milliards pourraient être issus des eaux de pluie.
L'étude réalisée pour le compte de l'ARENE IDF conduit à 16 % d'économies d'eau potable.

Sur la santé

C'est un phénomène de société : l'homme est devenu un animal de l'air urbain. Les citadins passent 22 heures sur 24 à l'intérieur de logement, lieux de travail, écoles, transports, espaces de loisirs… La qualité de l'air intérieur est devenue un problème majeur. Les concentrations en polluants peuvent y être plus importantes que dans l'air extérieur.

Reconnue comme un enjeu de santé publique au niveau international, la pollution de l'air intérieur est suspectée de jouer un rôle significatif dans la croissance des pathologies chroniques (cancers, affections respiratoires, troubles de la reproduction, du système immunitaire et du système nerveux).
Le rôle possible de la qualité de l'air intérieur dans la croissance de l'incidence de certaines de ces maladies chez l'enfant est particulièrement préoccupant.
Une prise en compte globale

On a vu, au moment des chocs pétroliers dans les années 70, les inconvénients et les dangers d'une approche mono critère. Un bâtiment est un système, une équation aux multiples variables. On ne peut toucher à un terme de l'équation sans modifier tous les autres. Toucher aux consommations d'énergie, c'est modifier les conditions de confort, de ventilation et de qualité de l'air intérieur, de confort acoustique, d'ambiances visuelles, etc.

On a vu les maisons, à force d'isolation entraîner des effets néfastes pour la santé des occupants (acariens, moisissures) et accessoirement du bâtiment, à moins que le bon sens des habitants ne les amène à ouvrir largement les fenêtres, réduisant ainsi à néant les effets attendus.

Il faut donc une méthode pour gérer ensemble ces différents aspects de la qualité environnementale d'un bâtiment. Il faut souligner que le volet « management d'opération », souvent absent des dispositifs étrangers analogues, est essentiel, car c'est grâce à lui que l'on peut prendre en compte la complexité des enjeux, et organiser la complémentarité des acteurs.

On le voit bien, la démarche HQE, si elle est généralisée à un nombre significatif d'opération permet de répondre à certains défit auquel nous avons à répondre rapidement.

Des bénéfices attendus pour les acteurs eux-mêmes

Le plus grand défi pour les décideurs est de savoir intégrer pertinemment le facteur temps dans la réflexion stratégique et dans la gestion de la prise en compte du principe de développement durable qui induit en effet une logique économique de moyen - long terme.

Il faut simultanément savoir mettre en adéquation ses intérêts en tant qu'entreprise (compétitivité, création de valeur) avec les demandes des parties intéressées qui portent quelque fois de façon contradictoire, les enjeux de société.

Il importe donc d'identifier les bénéfices attendus pour les acteurs eux-mêmes.
Une différenciation sur le marché.

Comme à chaque fois que les dirigeants ont à faire face à un contexte de marché nouveau, il est de leur intérêt de savoir transformer ce qui leur apparaît initialement comme des contraintes nouvelles en un défi mobilisateur pour l'entreprise, en des opportunités de développement, en un facteur différenciant de l'entreprise vis-à-vis de la concurrence. La certification est un moyen de rendre visible et crédible cet engagement vis-à-vis de tiers.

Un accès aux fonds responsables

Ces dernières années, l'investissement socialement responsable fait l'objet d'un intérêt croissant de la part des analystes financiers et des investisseurs. Le degré de prise en compte des attentes en matière sociale et environnementale constitue désormais pour certains investisseurs des indicateurs de gestion qui président à leurs arbitrages financiers. La certification démarche HQE apporte des éléments concrets à mettre dans le rapport « environnementale et social » qui concrétisent un engagement en faveur du « développement durable » et facilitant éventuellement l'accès aux « fonds éthiques »

Une meilleure gestion des risques

Une gestion plus attentive et globale des risques intégrant les aspects environnementaux et sanitaires des opérations permet de prévenir et de gérer les risques d'atteinte à l'image de l'entreprise et les conséquences financières d'éventuelles atteintes à l'environnement.

Une mobilisation interne et externe

C'est également un facteur de motivation et de mobilisation de son personnel et de ses partenaires par son engagement dans une politique environnementale volontaire et responsable. La prise en compte de la démarche HQE ne constitue donc pas une nouvelle spécialité, ou un sujet à traiter par une nouvelle division ou une nouvelle fonction, mais l'aboutissement d'une démarche qui allie les fins et les moyens, c'est-à-dire les cibles (QEB) et moyens techniques et managériaux (SMO) à développer pour atteindre ces cibles.

Plus de possibilité de construire

La démarche HQE permet également quelque fois un accès facilité au foncier, soit parce que sont utilisation est assorti de prescriptions environnementales sous la pression du politique soit parce que le bâtiment nécessite un traitement spécifique du fait de son implantation (pollutions, nuisances…) avant utilisation notamment vis-à-vis du personnel qui va y travailler.

Des économies

Enfin, il peut permettre des économie d'exploitation ou de justifier un « sur loyer » du fait de performances avérée du bâtiment permettant des économies de charges (sur l'énergie par exemple), une maintenance facilitée, un moindre absentéisme et une meilleure productivité (grâce au travers sur santé et confort). Il est important de rappeler que certaines préoccupations environnementales ne peuvent pas se mesurer en retour d'investissement direct pour le maître d'ouvrage (confort, santé, grands équilibres écologiques…). Il nous faudra probablement proposer les instruments financiers qui permettent de concrétiser les avantages économiques de la démarche.