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Une boîte pas comme les autres: "La Platine" de la Cité du Design

Copyright : LIN Architects / HEFI sas

"La Platine" est, avec la tour d’observation, le seul bâtiment entièrement neuf sur le site de la cité de Saint-Etienne. Son architecture répétitive, aux contours volontairement simplistes, tranche radicalement avec les anciens bâtiments réhabilités de la manufacture où l’école Supérieure d’Art et de Design vient d‘élire domicile. Ici, pas de compositions volumétriques, ni de courbes savantes. La forme de "La Platine" ressemble à une vulgaire boîte rectangulaire à la toiture légèrement bombée. Sauf que cette boîte longue de 193 mètres fonctionne comme une véritable boîte à outils dont les espaces intérieurs sont libres de tout point porteur. Dans la même veine que le centre Georges Pompidou construit à Paris dans les années 70 avec ses 50 mètres de portée, elle intègre la notion d’espace expérimental flexible sous une grande structure qui ordonne l’image générale du bâtiment. Avec des différences fondamentales cependant.

 

Une peau filtrante et réactive

Structure et enveloppe se confondent avec du photovoltaique, des panneaux opaques et des Light+Shadow Copyright : LIN Architects / HEFI sas

A Saint-Etienne, l’enveloppe épouse parfaitement la structure sur laquelle elle repose directement. Cette enveloppe officie comme un filtre multifonctionnel capable de créer des ambiances lumineuses et climatiques différenciées en fonction des contenus programmatiques et des usages. La structure elle-même, formée par une résille unitaire métallique, tend à disparaître visuellement comme structure en tant que telle. Elle semble vouloir se fondre dans l’enveloppe avec laquelle elle partage une trame triangulaire. Les façades et la couverture sont parfaitement continues, unies par les mêmes éléments de remplissage et la même ossature. Façades, couverture, structure et enveloppe poursuivent un seul et même dessein : composer un outil d’exposition, de conférence et d’information sur une base uniforme mais modulable, conçu comme une grande peau filtrante et réactive.

Aurélie Bareille, ingénieur au CSTB, rapporte qu’une dizaine de panneaux triangulaires différents ont été utilisés comme remplissages de façade ou de couverture, des plus traditionnels au plus sophistiqués, afin de permettre le parfait dosage de la lumière et des occultations en fonction des besoins des espaces intérieurs. L’agence d’architecture Lin a imaginé une palette complète de dispositifs qui va des simples panneaux opaques, recouvrant environ 60% du bâtiment, aux panneaux en verre extra-clair ou coloré, en passant par toute une gamme technologique intégrant le photovoltaïque ou des brise-soleil. Une liste non exhaustive qui devrait s’enrichir dans les décennies à venir, compte tenu de la nature expérimentale et de la vocation prospective de la "boîte à outils".

Des technologies originales

Copyright : LIN Architects / HEFI sas

Deux ATEx ont été nécessaires pour passer en revue l’ensemble des techniques non traditionnelles: "La première a permis d’expertiser la conception globale des vitrages collés en VEC et des panneaux fixés de manière originale sur la charpente en acier grâce à des clameaux", précise Aurélie Bareille. Étant donné la très faible pente de la toiture, la forme triangulaire des panneaux qui la compose et son retournement en façade, la société Hefi sas, chargée de la réalisation de l’ouvrage, a été contrainte d’imaginer un système de joint EPDM à trois niveaux*. "La seconde ATEx a permis de s’assurer de la sécurité, de la faisabilité et de risques de désordre limités sur les remplissages  proprement dits, comme les vitrages isolants photovoltaïques, les vitrages isolants à contrôle solaire soit en intégrant des lamelles métalliques fixes dans leur lame d’air ou un vitrage mobile sérigraphié par bande en alternance avec les bandes du vitrage fixe", détaille Aurélie Bareille. "Des panneaux tout spécialement conçus et pour la première fois mis en œuvre pour le projet de la Cité du Design", souligne Christian Jacob, chef de projet pour Hefi sas. Constitués d’un verre avec des bandes sérigraphiées qui coulisse grâce à un moteur électrique au cœur du double vitrage également sérigraphié avec des bandes, ces panneaux zébrés permettent d’ajuster l’apport de lumière dans les deux salles d’exposition de "La Platine".

* Les vitrages sont assemblés et collés sur un cadre aluminium qui repose sur un réseau drainant en profilés EPDM (ethylene propylene diene Monomer). Ces profilés EPDM reposent directement sur les profilés de la charpente acier. L’ensemble est serré grâce à des clameaux. Les trois niveaux de joint imaginés par l’entreprise correspondent à trois hauteurs de joint différentes de manière à évacuer les eaux selon un système en cascade (les joints EPDM se déversent les uns dans les autres).

Fiche technique

  • Localisation : 3, rue Javelin Pagnon, Saint-Etienne
  • Maîtrise d’ouvrage : Saint-Etienne Métropole
  • Maîtrise d’œuvre : Lin, Finn Geipel et Giulia Andi architectes
  • Ingénierie: Betom Ingénierie
  • Ingénierie charpente métallique: WSI Werner Sobek
  • Conception et pose de l’enveloppe: Hefi sas
  • Entreprise de charpente métallique: Renaudat Centre Conmstructions
  • Bureau de contrôle : Veritas
  • Inauguration: octobre 2009