Résistant sans problème à des températures allant jusqu'à 50°C, elle aime l'eau tiède, stagnante de préférence… et se propage facilement dans les aérosols. Les tours aéroréfrigérées représentent l'une de ses résidences préférées. Legionella pneumophila est à l'origine de deux types de maladies observables chez l'homme : la fièvre de Pontiac, bénigne et de guérison spontanée, et la maladie des légionnaires, maladie à déclaration obligatoire pouvant se révéler mortelle. De 20 à 40 % des légionelles nosocomiales sont mortelles, de10 à 15% des malades décèdent. En 2003, pas moins de 1 044 cas on été détectés en France. « Les légionelles sont des bactéries fréquentes dans l'environnement », précise Emmanuel Briand, ingénieur de recherche à la division Santé et Bâtiment du CSTB. « Elles se montrent le plus souvent inoffensives. Plusieurs facteurs entrent en jeu pour déclarer une maladie : la souche de la bactérie, sa virulence, sa concentration et l'état de santé de la personne contaminée. Les malades immunodéprimés sont particulièrement sensibles. »
La lutte contre la légionelle constitue une priorité gouvernementale absolue. Elle est d'ailleurs inscrite dans le Plan National Santé Environnement (PNSE). Les "réservoirs" connus de cette bactérie sont les réseaux d'eau chaude et d'eau froide sanitaire, les tours aéroréfrigérantes ainsi que les fontaines décoratives. « Mais 50 % des sources sont encore inconnues ! », rappelle Emmanuel Briand.
Le CSTB participe depuis 1997 à la mise en place d'une politique d'amélioration des réseaux d'eau, prenant en compte l'impact sanitaire. Ajouter du chlore ne suffit pas à éradiquer la légionelle. Les études réalisées ont montré que bon nombre d'installations étaient mal conçues. « Lors de la construction des bâtiments, la plomberie doit faire l'objet d'une étude approfondie », estime Enric Robine, responsable du Laboratoire de Microbiologie des Environnements Intérieurs du CSTB. « La conception des réseaux d'eau ne se limite pas à un enjeu de confort. L'aspect hydraulique revêt également une grande importance dans la prévention de l'apparition de foyers bactériens. »
Un guide technique a récemment été édité par le CSTB sur la conception et la maintenance des réseaux intérieurs. Mais un nouvel axe de recherche est désormais à l'ordre du jour : la dissémination de la légionelle dans l'air, notamment par les panaches des tours aéroréfrigérées. En collaboration avec l'INSERM de Nancy, les équipes de recherche du CSTB ont mis au point des outils pour mesurer la concentration de légionelles dans l'air, et ainsi mieux cerner cette voie de contamination. « Un camion laboratoire doté de tous les instruments de mesure est désormais prêt à intervenir sur site à la moindre alerte de légionellose », souligne Enric Robine. « Nous nous déplaçons sur simple demande des DDASS, des DRIRE ou des entreprises potentiellement impliquées dans une épidémie de légionelle. » Un service encore unique en France.