La thermique chahute l'acoustique

Mur à isolation répartie, ventilation double flux, rupteur de pont thermique, fond de coffrage, sarking... sont autant de solutions développées pour améliorer la performance énergétique des bâtiments. Mais leur comportement acoustique peut l'être aussi, et pas toujours dans le bons sens.

Renforcement de la réglementation thermique tous les cinq ans, réglementation thermique des bâtiments existants… L'efficacité énergétique des bâtiments est, et restera, l'une des principales sources d'évolution de nos pratiques constructives. Comment bien prendre en compte sur le plan acoustique l'impact de cette évolution ? Il s'agit tout d'abord d'y être sensibilisé. Les acousticiens bien sûr, mais aussi, et peut être surtout, tous les autres acteurs du bâtiment. La DGUHC a missionné le CSTB pour rédiger un guide sur le sujet à destination de l'ensemble de ces acteurs. L'étude, qui vient de démarrer, devrait être disponible dans un an. Les exemples typiques d'interactions sensibles entre la thermique et l'acoustique existent déjà.

Isolement entre logements. Le phénomène le plus connu est l'interaction du doublage collé par l'intérieur sur l'isolement entre logements. Si les doublages en laine minérale et les polystyrènes expansés élastifiés améliorent généralement cette performance, il n'en est pas de même pour les doublages collés avec un isolant thermique rigide (PSE, PU, XPS entre autres). En effet, ces derniers ont tendances à dégrader la performance acoustique de leur mur support, ce qui renforce les transmissions latérales liées à la façade et peut donc rendre non réglementaires nombre d'isolements entre logements (voir figure 1).

La chasse aux ponts thermiques. Elle a poussé les industriels à développer des systèmes de rupteurs de ponts thermiques. Ces systèmes, que l'on retrouve aussi bien en horizontal entre plancher et façade qu'en vertical entre refend et façade, peuvent avoir deux effets sur l'isolement acoustique entre logements. Le premier est une faiblesse sur le chemin d'isolement direct (plancher ou refend) ; mais cet aspect peut souvent être très fortement atténué par la présence d'un doublage thermo-acoustique en façade qui masque le rupteur. Le second effet, souvent plus difficile à gérer, est la modification du comportement acoustique de la jonction (façade/plancher ou façade/refend) qui tend à amplifier la transmission latérale par la façade. Ce phénomène peut être atténué ou amplifié selon le type de doublage utilisé en façade. Ces procédés font aujourd'hui l'objet d'avis techniques qui prennent notamment en compte ces deux types de préoccupations acoustiques (voir figure 2).

Les murs à isolation répartie souffrent du même problème d'isolement entre logements car ces systèmes présentent aussi des transmissions latérales en façade assez pénalisantes pour l'acoustique du bâtiment. Les industriels du secteur en sont bien conscients et ont travaillé à des solutions de mise en œuvre permettant le respect de la réglementation sous certaines conditions. Le CTMNC - Centre Technique de Matériaux Naturels de Construction (ex CTTB) a ainsi réalisé un certain nombre d'études sur le sujet pour les industriels de la terre cuite, qui leur permettent aujourd'hui de trouver des solutions, sous certaines conditions, pour respecter des exigences réglementaires des logements collectifs. Le leader du béton cellulaire a mené une démarche similaire.

Isolation entre local non chauffé et logement. La réglementation acoustique des bâtiments d'habitation impose un isolement relativement élevé (55dB par rapport à un garage et 58 dB par rapport à un local d'activité) entre local non chauffé et logement. Or, les traitements généralement préconisés pour répondre aux autres exigences (thermique et feu) sont généralement des fonds de coffrages ou du flocage en forte épaisseur. Malheureusement, la majorité des produits de ce type actuellement sur le marché sont des systèmes qui dégradent l'isolement acoustique du plancher nu. La solution réside actuellement dans un surdimensionnement de la dalle (230 mm généralement) tout en utilisant les rares produits du marché ne dégradant pas (trop) la performance du plancher.

La ventilation. Elle est elle aussi un point clé de l'amélioration énergétique des bâtiments. Le comportement acoustique des systèmes simple flux autoréglables ou hygroréglables est assez similaire. Il existe d'ailleurs quatre certifications garantissant leurs performances acoustiques : NF entrée d'air autoréglable, CSTBat ventilation hygroréglable (entrée d'air, bouche et groupe), NF VMC groupe et bientôt NF VMC bouches. En revanche, la montée en puissance - pour des raisons énergétiques - des systèmes doubles flux modifie considérablement l'impact acoustique du système de ventilation. Dans ces systèmes, l'absence d'entrée d'air directe dans les pièces principales améliore significativement l'isolement de façade ; par contre, la présence de bouche d'insufflation, notamment dans les chambres, pose un nouveau problème de bruit d'équipement et ce, d'autant que l'exigence réglementaire y est plus forte (LnAT = 30 dB(A)). On peut aussi se poser la question de l'interphonie entre deux bouches d'appartements différents en présence d'une ventilation double flux pour collectif. Les professionnels du secteur s'interrogent actuellement sur l'opportunité de créer une marque de qualité sur ces produits, incluant notamment les performances acoustiques.

L'étude en cours portera également sur l'isolement acoustique des systèmes de doublage par l'extérieur (ETICS), traitera des problèmes d'isolation de toiture liée à l'utilisation de certains systèmes d'isolation par l'extérieur, ainsi que sur des triples vitrages dont les performances acoustiques sont souvent faibles, etc. Rendez-vous dans un an pour les résultats complets.

Isolement acoustique entre logements avec différentes configurations de doublages en façade
Isolement acoustique entre logements avec et sans rupteurs thermiques dans plusieurs configurations de doublages
Murs à isolation répartie - Isolation entre local non chauffé et logement