Le point de vue de Régis Herbin, architecte-urbaniste, directeur du Centre de Recherche pour l'Intégration des Différences dans les Espaces de Vie (CRIDEV).

Comment concevoir l'accessibilité de façon intégrée ? Le CRIDEV préconise un changement radical de méthode, afin que notre cadre bâti prenne en compte les besoins de l'ensemble des usagers, parmi lesquels ceux des personnes en situation de handicap ou de vulnérabilité. Pour cela, les professionnels de la construction ont à relever trois défis.
D'abord, dépasser la réglementation qui réduit l'accessibilité au handicap. Les textes publiés depuis la loi du 11 février 2005 doivent être considérés comme une base et non comme une référence de garantie, comme un « plancher » et non comme un « plafond ». Cela passe par une prise en compte de l'ensemble des personnes en situation de difficulté ou de handicap. Cela passe également par l'abandon de la notion de standard et l'extension du concept d'accessibilité légale à celui d’usage universel.
Ensuite, développer le concept de « convenance » des espaces de vie pour tous les usagers. Plutôt qu'une approche cherchant à résoudre ponctuellement les situations de handicap, il s'agit d'analyser les besoins à partir des critères de confort et de sécurité. Ce ne sont pas les personnes handicapées qui créent les problèmes : elles ne font que les révéler. La convenance des espaces de vie n'est pas une contrainte mais une opportunité, un véritable outil d'aide à la création de qualité.
Enfin, promouvoir une démarche HQU (Haute Qualité d'Usage) en parallèle à la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale). La HQU permettrait de prendre en compte l'ensemble des conforts d'usage dès l'origine du projet ; de proposer une approche transversale et globale entre tous les acteurs du cadre bâti ; d’instaurer des procédures de développement continu de la qualité d'usage pour tous ; d'adopter une démarche de « prévention » et non de « réparation ». Dans le même esprit, nous développons le concept d'Assistance à Maîtrise d'Usage (AMU) pour aider les usagers à exprimer leurs besoins spécifiques sous forme d'exigences qualitatives.
Bien sûr, l’offre des entreprises devra s’adapter. Mais, là encore, c'est la qualité d'usage qui devra les guider plutôt que « l’accessibilité ». Prenons un exemple : sans le savoir, nous utilisons chaque jour une « prothèse architecturale », la télécommande de notre télévision. Fruit de la recherche pour les personnes handicapées, elle a été vendue comme un outil de confort qui améliore la convenance et la qualité d'usage. Bien évidemment, les personnes handicapées y trouvent aussi leur compte. De même, si un fabricant met sur le marché des poignées de portes plus facilement maniables, le confort d'usage est amélioré pour tous, handicapés ou non. Et les nouveaux équipements liés à la GTB (Gestion Technique du Bâtiment) et à la domotique vont dans le même sens.