"Dans les ERP, l'accessibilité réussie est celle qu'on ne voit pas" Le point de vue de Nadia Sahmi, architecte DPLG, consultante en accessibilité qualité d'usage pour tous

Dans les ERP, l'accessibilité est réussie lorsqu'elle est invisible. C’est à dire finement intégrée au concept architectural. Si elle est "repérable", "stigmatisante", l’objectif est manqué. C'est pourquoi la qualité d'usage pour tous doit être intégrée au projet dès sa phase de programmation, dès les premières "idées de faire".

Nadia Sahmi

Bien sûr, il reste possible d'ajouter ou de modifier certains équipements après la programmation. Mais cela aura un coût, d’autant qu’aucune enveloppe budgétaire n’aura été prévue à cet effet. De plus, la structure, le dimensionnement et même certains équipements de second œuvre deviendront difficilement adaptables. Par exemple, pour que l’accueil d'un ERP soit équipé de supports tactiles, d'un écran et d’une sonorisation informant en temps réel chaque visiteur, il faut anticiper la mise en œuvre de toute la technologie nécessaire. Il sera toujours plus difficile et coûteux d’intervenir a posteriori. De même (au nom du respect de l’œuvre architecturale), quand il faut ajouter des bandes de couleur PVC sur un sol pour permettre à des personnes aveugles de s’orienter dans l’espace, parce que le traitement de ce sol n’a pas intégré cette donnée au cours des études, cela peut nuire à l'architecture de l'établissement. Avec un risque de rejet, non seulement de la part de la profession, mais aussi de la part des usagers.

Vigilance à tous les stades du projet

Bien que l'accessibilité et la qualité d’usage des espaces bâtis soit prévue dès la programmation, il faut rester très vigilant à tous les stades du projet. En effet, dans la "culture construction", l'accessibilité n'est pas encore un réflexe, contrairement à l'isolation acoustique ou thermique… C’est un domaine nouveau, sans référentiel, ni recul suffisant : les acteurs de la conception architecturale - notamment les bureaux d'études - n'ont pas le même niveau de connaissance. Conséquence : ne comprenant pourquoi on lui demande tel adaptation technique, un acteur persévèrera dans ses habitudes et risquera d’entraîner les autres dans l’erreur. Et on est au centimètre près. En matière d'accessibilité, aucune erreur n'est tolérée ni en phase de conception, ni en phase d’exécution.
Pour porter l'accessibilité tout au long du projet, le couple maîtrise d'ouvrage/maîtrises d'œuvre est essentiel. Si l'un des deux n'est pas converti à cette nouvelle façon de concevoir et de mettre en œuvre, l’objectif de résultat ne sera pas atteint. Au contraire, si la conviction est forte, les contraintes seront transformées en opportunités.

Enfin, s’assurer une qualité d’accessibilité et d'usage d'un projet, passe par l'intégration de prescriptions complémentaires au CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières) lot par lot. Pas question de faire une annexe du style « Veuillez SVP respecter les textes du 1er août 2006 ». Car tous les lots sont concernés : traitement de sol, escalier et ascenseur bien sûr, mais aussi menuiserie, plomberie, serrurerie, courants fort et faible, pour ne citer qu’eux. Presque tous les produits industriels du second œuvre sont en train d’évoluer pour permettre de répondre à ces exigences.

L’objectif du métier d’architecte est de transformer ces nouvelles obligations en une « belle » architecture qui offre « une grande qualité d’usage » à tout individu, quelque soit sa particularité. Une petite révolution…

Traduction simultanée pour les malentendants lors d'un colloque européen auquel participait Gilles de Robien - Maison de la chimie, Paris
Cité des Sciences et de l'Industrie, Paris : une exposition accessible
Bandes pododactiles dans un ERP