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- CSTB : François Maupetit
- LHVP : Fabien Squinazi
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- Visionner le reportage sur France 2, rubrique Envoyé spécial/Emissions précédentes/Jeudi 13 mai 2010
- Lire l'article paru dans la revue Environnement, Risques & Santé
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Dans ses carnets de voyage, l’émission de reportages de France 2, Envoyé Spécial, est partie sur les routes du monde et notamment sur la route de l’encens. Traditionnellement utilisé dans la vie courante et les pratiques religieuses de nombreux pays d’extrême Orient, l’encens commence à se faire une petite place dans nos maisons. Or, son utilisation n’est pas si anodine qu’on pourrait le croire ! C’est ce qu’une étude menée par le CSTB et le Laboratoire d'Hygiène de la ville de Paris (LHVP) démontre.

Chez les producteurs locaux, dans les temples hindous ou bouddhistes, ces bâtons parfument l’atmosphère en se consumant. Mais s’ils apportent une odeur agréable, les bâtons d’encens dégagent également de nombreux polluants dans l’air : particules, monoxyde et dioxyde de carbone, oxydes d’azote, benzène, formaldéhyde, etc. S’ils se consument à l’air libre de l’autre côté du monde, c’est dans notre habitat qu’ils se consument chez nous !
Tout a commencé en 2006, avec un grand distributeur de bâtons d’encens qui, malmené par un article de "Que Choisir", a décidé de faire réaliser des tests au CSTB. Différents essais se sont succédé dans une pièce de la maison expérimentale MARIA du CSTB de Champs-sur-Marne : 43 produits (bâtons, cônes, bougies, concentrés de parfum) ont été analysés selon un protocole d’analyse mis au point tout spécialement. Son but : mesurer les émissions des principaux polluants émis (notamment benzène et formaldéhyde) pendant et après leur combustion. Ces mesures réalisées à l’échelle 1 dans la maison MARIA ont permis d’évaluer le niveau d'exposition potentielle des utilisateurs de ces produits aux COV et au formaldéhyde, ce qui rend possible une estimation des risques sanitaires encourus par les utilisateurs en fonction des fréquences d'utilisation.
Pour les bâtons et cônes d'encens, les émissions de benzène et de formaldéhyde sont les plus fortes pendant la combustion et dans l'heure suivant la combustion, puis elles diminuent significativement dans la pièce d'étude sous l’effet du renouvellement d’air par le système de ventilation (0,6 vol/h). On observe que les cônes d'encens émettent plus de formaldéhyde que les bâtons d'encens. Par ailleurs, plus la masse de produit brûlée est importante, plus la concentration des émissions est importante. Les émissions de benzène et de formaldéhyde des bougies sont très nettement inférieures à celles des encens. En revanche, pour les bougies, une légère augmentation des concentrations de formaldéhyde a été observée après la combustion, traduisant vraisemblablement des phénomènes de réactivité chimique.
On constate ainsi que l’utilisation de certains produits de consommation courante, comme les désodorisants d’intérieur, rajoute une pollution ponctuelle au niveau de pollution globale de l’air intérieur qui intègre la contribution de l’air extérieur, des sources émissives « continues » (produits de construction et de décoration, ameublement, etc.) et des sources émissives « discontinues » (produits d’entretien, désodorisants d’intérieur, activités humaines, etc.). Il convient donc de limiter, d’une part, les émissions de l’ensemble des sources d’émissions dans les environnements intérieurs ; et d’autre part, de s’assurer du respect des exigences en matière d’aération et de ventilation des environnements intérieurs. De plus, pour les sources « ponctuelles » (notamment produits d’entretien et désodorisants d’intérieur), il est nécessaire que les fabricants formulent des conseils d’utilisation adaptés.
La méthodologie présentée a servi à l'évaluation et à la quantification des risques sanitaires aigus et chroniques encourus par la population exposée aux émissions de benzène et de formaldéhyde par des encens et des bougies d'intérieur, après l'élaboration de scénarios d'exposition. Au regard des résultats, les fabricants ont significativement modifié les produits (diminution de la masse brûlée) et abandonné des formulations au profit d'autres moins émissives. Les scénarios d'exposition ont permis de conseiller une fréquence d'utilisation de ces parfums d'intérieur en fonction des risques sanitaires et cancérigènes encourus à long terme.



Les journalistes de France 2, qui avaient lu un article sur ce sujet publié en 2009 par François Maupetit du CSTB et Fabien Squinazi du Laboratoire d’Hygiène de la Ville de Paris dans la revue Environnement, Risques & Santé, ont souhaité en savoir plus sur l’impact de ces produits sur la qualité de l’air intérieur et tourner quelques séquences sur les mesures d’émissions de polluants réalisées au CSTB dans la maison MARIA. Ils ont apporté un bâton d’encens de trempage industriel indien acheté à Paris et ont demandé au CSTB de le tester en comparant ses émissions à celles d’un encens naturel à base de santal.
Les résultats parlent d’eux-mêmes : pour une masse brûlée équivalente à celle du bâton naturel, le bâton industriel présente des émissions de benzène quatre fois plus importantes et des émissions de formaldéhyde presque deux fois plus importantes. Pour le professeur Squinazi, il n’y a pas de doute : « Ces encens, utilisés sur le long terme de manière répétée dans des atmosphères confinées sont cancérigènes. Il convient de les retirer du marché ou de changer leur formulation. »