Toutes les pièces du puzzle semblent prêtent à être assemblées pour la réalisation à grande échelle de bâtiments à énergie positive. Mais les collectivités territoriales sont-elle prêtes à investir dans ce domaine ? Quelle est la position des banques dans le financement de telles opérations ? Les promoteurs sentent-ils que le marché est prêt à décoller ? En bref, la demande est-elle au rendez-vous ? Autant de questions abordées lors de ce Rendez-vous du CSTB afin d'ouvrir la voie à la généralisation des bâtiments à énergie positive.

Antoinette Gillet, vice-présidente du Conseil régional de Franche-Comté, l'affirme sans ambiguïté : le collectif Effinergie est le fruit d'une aventure de passionnés, professionnels du bâtiment et de l'environnement. Différents Conseils régionaux, banques et associations se sont rapidement retrouvés autour de ce projet. « Nous avons été "contaminés" par les exemples de nos voisins suisses et allemands, lance-t-elle avec humour. Nous avons eu une ambition : étudier la façon dont il était possible de transposer le concept basse énergie dans notre réglementation hexagonale. C'est dans cet objectif que nous avons répondu à un appel à projets lancé par l'ADEME et le PREBAT en proposant de créer un véritable référentiel dans ce domaine. » Avec une idée forte sur le plan politique : tester ce concept à l'échelle régionale et concrétiser au plus vite le "Facteur 4" sur la Franche-Comté, bien avant 2050. « Nous voulons démontrer la faisabilité technico-économique de la basse énergie, ainsi que les bénéfices qui y sont associés, souligne Antoinette Gillet. Nous sommes allés bien au-delà de la législation en vigueur et ce, tant pour les constructions neuves que pour les rénovations. » Une démarche qui trouve un écho de plus en plus fort du côté des professionnels. Ceux-ci n'hésitent pas à se référer aux critères mis en avant par Effinergie pour concevoir des projets de bâtiments.


La recherche de l'efficacité énergétique va de pair avec un enjeu de compétitivité très fort, tant au niveau national que sur le plan européen. Les chiffres sont là pour le prouver. A l'heure actuelle, si les Etats de l'Union européenne diminuaient de 20 % leur consommation d'énergie, ils réaliseraient environ 60 milliards d'euros d'économie, tout en créant un million d'emplois... « Nous nous sommes engagés dans une politique volontariste de réduction des dépenses énergétiques, notamment au niveau des bâtiments, qui représentent le plus grand gisement potentiel d'économies, affirme Jean-Luc Sadorge, Directeur de l'agriculture, de la forêt, du tourisme et de l'environnement au Conseil régional d'Alsace. De 2002 à 2004, la surface de panneaux solaires installés dans la région a triplé, passant de 10 000 à 30 000 m². Mais nous accusons encore un retard considérable par rapport à ce qui se fait en Allemagne. Pour atteindre le même ratio que nos voisins, à l'heure actuelle, nous devrions posséder un million de mètres carrés ! » En septembre 2006, la région a lancé un plan "basse consommation" qui repose sur dix actions. Les principales d'entre elles consistent en un partenariat avec les professionnels pour concevoir des bâtiments exigeant moins de 50 kWh/m²/an, l'intégration du concept basse énergie dans les programmes immobiliers du Conseil régional, la création d'un label représentant un outil commun pour tous les acteurs concernés, la généralisation du diagnostic énergétique et la création d'une agence technico-financière pour faire "porter" les investissements d'économie d'énergie par des tiers. Un dernier point qui montre une prise en compte globale de la problématique liée aux économies d'énergie. Et le souci d'impliquer d'autres interlocuteurs que les collectivités locales dans leur financement. Une condition sine qua non pour assister au décollage du marché.

Audace et innovation caractérisent l'opération immobilière menée par Nexity dans le quartier Lyon Confluence, entre Rhône et Saône. Les appartements construits ne se caractérisent pas seulement par la douceur de vivre qui y règne, leur confort et de grands volumes. « Nous avons également souhaité en faire une opération exemplaire sur le plan énergétique, assure Serge Epinat, Directeur général adjoint Construction de Nexity Apollonia. Notre ambition consistait à nous situer 35 % en dessous des recommandations de la nouvelle réglementation thermique (RT 2005). » Objectif atteint. Les besoins énergétiques liés au chauffage (planchers chauffants basse température) sont limités à 40 kWh/m²/an. Pour amortir les pics de température estivale, la présence d'une pompe à chaleur assure le rafraîchissement des appartements, via les équipements réversibles installés dans les planchers et servant au chauffage durant la saison froide. Les 800 m² de capteurs photovoltaïques positionnés en toiture produisent près de 94 MWh d'énergie électrique revendue à EDF. Une source de revenus qui couvre en partie les charges des immeubles. « Le surcoût de cette construction est de 250 à 300 €/m², selon l'architecture des bâtiments, estime Serge Epinat. Différentes pistes sont à envisager pour aider les promoteurs à généraliser de telles opérations. L'une d'elles, par exemple, pourrait consister en l'attribution de mètres carrés supplémentaires par la maîtrise d'ouvrage. »


Le financement des opérations liées aux travaux d'économie d'énergie dans les bâtiments (neufs ou réhabilités) doit amener une réponse adaptée de la part des établissements financiers. Indiscutablement, les banques ont un rôle à tenir auprès de tous les investisseurs et notamment les particuliers. Cette préoccupation a été parfaitement perçue par le Groupe Banque Populaire qui a lancé un livret d'épargne "écologique au début du printemps 2006. Et qui dit épargne, dit également prêt associé. « Le livret Codevair fonctionne comme un Codevi classique, à la différence près que les intérêts en sont de 0,5 % inférieurs, précise Arnaud Berger, responsable Développement durable des Banques Populaires. Les sommes ainsi récoltées sont redistribuées aux particuliers sous forme de prêts bonifiés, Prévair, dont le taux est seulement de 1 % supérieur à celui de Codevair. Nous nous sommes référés à une liste d'équipements définie par l'ADEME pour sélectionner les travaux éligibles au titre de ce prêt. » La France se distingue ainsi en étant le premier pays - et pour l'instant le seul - où les réseaux bancaires ont conçu et mis sur le marché une offre commerciale de produits d'épargne et de financement destinée au grand public.

« La plupart du temps, les architectes dessinent des bâtiments en oubliant d'en faire des lieux où le climat est agréable. Alors, à ces bâtiments "stupides", ils introduisent des installations encore plus "stupides" pour que l'on puisse y vivre correctement : chauffage, climatisation, ventilation, etc. En bref, on fait entrer de l'énergie pour se sentir bien… et on en dépense encore plus pour évacuer cette même énergie ! » Michiel Cohen, lui-même architecte au sein du cabinet néerlandais Cepezed, manie la provocation avec humour. Son credo ? Face à des utilisateurs qui ne sont en aucun cas prêts à mettre en cause leurs comportements, il faut créer des bâtiments intelligents consommant très peu d'énergie. Avec, bien sûr, les matériaux existant déjà sur le marché et en adaptant les projets - et les solutions proposées - aux législations des différents pays européens concernés. « Aujourd'hui, les règlements concernant l'isolation sont de plus en plus draconiens, rapporte Michiel Cohen. Pourtant, cet aspect possède actuellement beaucoup moins d'impacts sur les consommations d'énergie que la production d'eau chaude sanitaire ou les appareils électroménagers sur lesquels il faudrait travailler en priorité. » De fait, tous les bâtiments conçus par l'équipe de Cepezed sont basse énergie. L'élimination des installations jugées inutiles compense les surcoûts entraînés par le choix de matériaux parfois plus onéreux. Et les résultats sont au rendez-vous. Ainsi, par exemple, les bureaux de Michiel Cohen situés au cœur des Pays-Bas ne possèdent ni chauffage, ni climatisation. Avec le confort en plus…